Lu pour vous – Limogeage du ministre Lazhar Hani et du PDG d’Air Algérie

KAMEL BENELKADI source elwatan.com

Il a été mis fin aux fonctions de Lazhar Hani, ministre des Transports, de Bakhouche Alleche, PDG d’Air Algérie, ainsi que du responsable du catering au sein de la compagnie aérienne.

Des décisions prises hier sur instruction du président de la République, selon un communiqué des services du Premier ministre. Selon la même source, «cette décision a été prise à la suite de l’engagement d’une opération d’importation par la compagnie nationale Air Algérie de fournitures liées à l’activité de catering, et ce, sans tenir compte du contexte économique national et des orientations financières visant la gestion rationnelle des devises et la priorité à accorder à la production nationale».

Selon nos informations, il s’agit de l’achat de porcelaine pour la première classe, alors que les avions ne volent pas pour le moment vers l’international. Cela a été jugé comme une dépense inopportune en période de crise. Lammari Mounir Kamel, directeur du catering, a fait les frais de ce marché.

En effet, face à l’effondrement des cours du pétrole, principale ressource du pays, et l’assèchement des réserves de change, le président de la République a instruit les gestionnaires publics dans le cadre du nouveau modèle économique pour opter pour la rationalisation des dépenses et a ordonné de «privilégier la production nationale» à l’importation.

Des orientations qui n’auraient pas été respectées par les responsables d’Air Algérie. La compagnie nationale de transport aérien, qui a repris son programme de vols domestiques, est pourtant dans une situation financière délicate, marquée par un manque à gagner de 40 milliards de dinars. Air Algérie a subi de plein fouet les contrecoups de la pandémie de Covid-19. Bakhouche Alleche est à la tête de l’entreprise depuis presque 4 ans, où il a remplacé en février 2017 Mohamed Abdou Bouderbala.

Il avait commencé sa carrière en 1975 comme pilote et a gravi les échelons occupant de hauts postes de responsabilité, comme directeur de la division exploitation et adjoint du Pdg d’Air Algérie. Il a tenté de faire adapter Air Algérie à un contexte particulier, marqué par de constantes mutations du secteur du transport aérien. Mais la mission n’a pas été du tout aisée pour une compagnie qui a traversé plusieurs zones de turbulences et des mouvements de contestation répétitifs.

Air Algérie devait revoir son mode de gestion (pléthore des effectifs, amélioration de son image). 25 compagnies opèrent dans le ciel algérien. Le réseau France est le plus important pour Air Algérie, mais en face, il y a quatre compagnies qui lui font de la résistance : Air France, Transavia, ASL et Vueling.

La plupart des compagnies étrangères ont axé leur développement sur les continuations à travers des «hubs», c’est-à-dire des plateformes de correspondance. Lors du Conseil des ministres du 4 octobre 2020, le président Tebboune avait demandé de «revoir» le mode de gestion de la compagnie Air Algérie de manière à la rendre compétitive à l’international, tout en veillant à réduire le nombre de ses agences commerciales à l’étranger. Depuis, rien n’a été fait dans ce sens. Aucun plan d’action n’a été proposé pour un redécollage.

Mais si l’explication du limogeage du PDG d’Air Algérie est plus ou moins recevable, en quoi le ministre des Transports est-il concerné ou impliqué dans une transaction entre Air Algérie, qui est une entreprise publique économique (EPE/SPA), et un opérateur étranger ?

Etait-il au courant de cette transaction ? A-t-il laissé faire en dépit des recommandations du président de la République ? Il est vrai que depuis sa nomination au ministère des Transports, ce secteur fait du surplace alors qu’il est stratégique et a besoin d’être réformé et modernisé pour répondre aux besoins du pays.

Depuis son arrivée à la tête de ce département, on évoque aussi àson sujet un conflit d’intérêts sachant qu’il est actif, autant que sa famille, à titre privé, dans le domaine du transport maritime. En effet, il est actionnaire dans la filiale algérienne de la logistique espagnole Romeu Algérie, et celle de Green Algérie du taïwanais Evergreen Marine Corp.

Mieux, il est le président du conseil d’administration (PCA) de China Shipping Algeria, filiale algérienne de China Shipping Container Lines. «Le nouveau ministre des transports algérien est un véritable baron du secteur maritime. Lazhar Hani et sa fille Lamia Naila Hani représentent plusieurs grands armateurs et logisticiens étrangers. Un conflit d’intérêts qui ne va pas sans irriter les concurrents», écrit le site Africa Intelligence dans son édition du 29 juin 2020.

Sa mise à l’écart est aussi expliquée, selon certains observateurs, par le «déroulement désastreux des vols de rapatriement et le retour des avions presque vides». Le député de l’émigration Noureddine Belmeddah et le sénateur Abdelouahab Benzaim ont adressé début janvier une lettre au président de la République pour dénoncer le déroulement des opérations de rapatriement confiées à Air Algérie.

Les deux élus se sont dits «choqués» par la bureaucratie qui entoure l’opération. 25 000 ressortissants algériens bloqués à l’étranger attendent toujours de rejoindre le pays. Une opération qui doit être revue de fond en comble.

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